De façon récurrente, le prix de l’eau se retrouve au centre de débats qui suscitent souvent une certaine forme de passion. De façon générale, lors de tels débats, des précautions s’imposent. Tout d’abord, la raison n’est pas nécessairement dans le camp du plus grand nombre des défenseurs de la même analyse. Il faut autant se méfier du danger de penser avoir raison contre tous que du risque que l’on peut penser avoir raison parce que l’on pense comme le plus grand nombre. Ensuite, la raison n’est pas liée à la force de l’expression.  Parler fort n’a jamais été le socle de la pertinence d’une expression. Enfin, il faut toujours accorder de l’importance aux nuances. Parce que respecter la réalité des faits, c’est souvent aller dans le détail des nuances.

Aujourd’hui, sur le site Internet de Libération, est publiée une tribune au contenu qui mérite l’attention. Cette tribune ouvre le débat entre le prix de  l’eau et le service de l’eau. Elle met en relief des éléments trop souvent sous-estimés même si certaines comparaisons nous paraissent pour le moins « audacieuses ».

En moyenne, l’eau coûte 1 euro par jour et par famille (330 litres/jour). C’est la part la plus faible du budget moyen de consommation des ménages : moins de 1% (part stable depuis 10 ans). Une famille de 4 personnes consacre environ 1 €/j à ses dépenses en eau/0,8% de son budget. Ce prix est très inférieur au budget consacré aux télécommunications (3 fois plus cher) et à l’énergie gaz, électricité, fioul (près de 5 fois plus cher).

Ce prix de l’eau en France est inférieur à la moyenne européenne. Le prix de l’eau est de 3,09€ par m3, soit 10% de moins que la moyenne européenne (Cf. étude NUS Consulting 2009). L’eau est 2,2€ plus chère en Allemagne et 3,3€ plus chère au Danemark.

Comme la tribune évoquée ci-dessus l’indique, ce n’est pas seulement l’eau qui coûte, mais son service pour la rendre consommable et pour assurer la bonne disposition à demeure des usagers. Pour la rendre potable et pour la dépolluer. Pour son acheminement/sa distribution dans tous les foyers et tous les lieux publics 24h/24.

Ce prix dépend toujours du contexte local (type et qualité de la ressource, par ex : eaux de surface ou eaux souterraines – choix de niveau de service, par ex : assistance téléphonique, continuité du service…) et des travaux d’entretien ou d’investissements réalisés sur les équipements de la Commune.

Puisque le service n’est pas le même, comment le prix de l’eau pourrait-il être … le même ? 

En effet, l’eau est une ressource locale, un « produit du terroir ». Chaque ville prélève son « eau brute » (non potabilisée) au plus proche de ses habitants car l’eau coûte très cher à transporter sur de longues distances, contrairement à l’électricité par exemple : le prix du service de l’eau dépend donc du contexte local, ce qui explique les différences d’une Commune à une autre, et ce à chaque étape du « cycle communal de l’eau ».

Tout d’abord, l’origine de l’eau brute : si la molécule d’eau est la même partout, les ressources n’ont pas un état qualitatif homogène. Par exemple, les eaux de surface (rivières, lacs) sont de moins bonne qualité que les eaux souterraines, ce qui impacte la complexité du traitement pour la rendre potable, et donc le prix.

De plus, l’intensité des activités industrielles, agricoles ou encore touristiques varie d’une collectivité à une autre ce qui, là encore, influe sur la qualité de la ressource et donc sur son traitement.

Les Communes en bord de mer ont par exemple des problématiques qui leur sont propres : un dimensionnement des installations prévu pour faire face à la population touristique en période de pointe (il est fréquent qu’en été la population soit multipliée par 10 !), des eaux de surface nécessitant des traitements plus poussés (convergence des pollutions des fleuves et rivières vers la mer), conditions de rejet des eaux usées traitées plus exigeantes (proximité des zones de baignade).

Ensuite, les infrastructures et les investissements : d’une ville à une autre, les équipements (usines, réseaux, châteaux d’eau…) n’ont pas le même âge, ne sont pas dans le même état et sont soumis à des sollicitations différentes, ce qui fait varier les niveaux de maintenance, et donc leur coûts. Les investissements à réaliser (construction d’une nouvelle usine de potabilisation ou d’assainissement pour faire face à l’augmentation de la population, renouvellement des réseaux) varient également d’une commune à une autre.

Les différences de géographies impactent aussi sur les infrastructures et leur entretien (terrain plat / terrain montagneux, habitat concentré / habitat dispersé).

Ainsi, le prix n’est que la répercussion d’une série de coûts imputables au contexte local, et comparer les collectivités entre elles sur ce seul critère n’est donc pas pertinent : une collectivité peut parfaitement afficher un prix « au-dessus de la moyenne » et être une excellente gestionnaire.

Il serait temps que ces  considérations de bon sens bénéficient d’un respect amélioré. La  qualité des débats donc aussi celle des décisions y gagneraient.